Depuis plusieurs semaines, les discussions à gauche avancent enfin. Bien sûr compliquées suite au désastreux quinquennat libéral de François Hollande, elles ont néanmoins été marquées par des avancées notables ces derniers jours.

Premièrement, l’accord ambitieux signée par Benoît Hamon et Yannick Jadot ouvre la porte à un large rassemblement à gauche. Malmené, c’est peu dire, ces cinq dernières années, les écologistes ont courageusement décidé de retirer leur candidat afin de permettre « une grande aventure qui dépasse les appareils politiques« .

Un tel accord politique, de par son contenu ambitieux et profondément écologiste, était encore inimaginable il y a quelques mois encore. Pensé autour de réformes démocratiques, écologistes et sociales, l’accord s’inscrit tant dans la lignée du programme de Benoît Hamon que dans la pensée politique défendue par les écologistes depuis quarante ans.

Un « projet de Constitution pour une VIe République » soumise à référendum qui « donnera lieu à de nouvelles élections avant la fin du mandat ». La proportionnelle, la mise en place du septennat présidentiel non renouvelable, la reconnaissance du vote blanc et le 49.3 citoyen y figurent aussi noir sur blanc. Enfin, le droit de vote des étrangers aux élections locales sera soumis à référendum « dès le début de la mandature ».

L’accord comprend aussi une « une sortie progressive et intégrale du nucléaire » en « vingt-cinq ans » avec « fermeture des premiers réacteurs durant la mandature », la sortie des énergies fossiles « avec pour 2050 l’objectif d’une France 100 % renouvelables ». Tout comme  l’interdiction des pesticides et des perturbateurs endocriniens, le soutien accru à l’agriculture biologique et la légalisation du cannabis.

Au niveau social, « l’abrogation de la loi El Khomri » est bien sûr actée. Tout comme « la revalorisation du RSA à 600 euros » et son automatisation à « l’ensemble des 18-25 ans ». Enfin, le récépissé pour contrôle d’identité sera enfin instauré en cas de victoire à la présidentielle du nouveau ticket écolo-socialiste. L’accord peut être consulté ici.

Maintenant se pose la question des autres partis de gauche et des différents collectifs citoyens. Une chose est sûre : sans accord large, la gauche ne gagnera pas la présidentielle. Il faut se rendre à l’évidence. Peu importe la dynamique et même avec une mobilisation importante des abstentionnistes. Seul un large dépassement des appareils politiques peut créer l’indispensable dynamique en vue de la victoire.

Le Parti communiste en appelle lui à une « intervention populaire » en faveur d’un accord commun de la part des millions de personnes qui ne veulent pas de la désunion. Un accord qui ouvrirait ensuite la question de la candidature commune.

Le comble dans cette histoire est que c’est bien la monarchie présidentielle – difficile à comprendre pour nous autres suisses – cette 5ème république dont tous veulent se débarrasser qui risque de faire capoter l’alliance à gauche. Et cela alors que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon défendent tous deux un changement constitutionnel vers la VIème république soumise à référendum au cours du quinquennat, laissant place à de nouvelles élections législatives.

La chance de bouleverser la démocratie française est historique, dépassant largement les égos des personnalités. L’excuse des différences politiques de fond n’est pas crédible. Même sur l’Europe, l’analyse est commune : changer les traités européens pour sortir de l’austérité, aller vers les harmonisations sociales, fiscales et le tournant écologiste.
De toute façon, sans ces changements radicaux de la doxa libérale, l’Union Européenne est vouée à se rapetisser sur elle même, et probablement se disloquer. L’Europe, on la change, ou il n’y aura plus d’Europe. Dans les faits, le message est commun.

Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon se sont rencontrés vendredi soir à Paris. Une rencontre de deux heures qui semble avoir débouché sur un « pacte de non-agression » entre les deux candidats. C’est tout ? À priori oui.
La déception est énorme à gauche, chez toutes celles et ceux qui ne peuvent pas accepter le duel qui se précise entre l’extrême droite de Marine Le Pen et la casse sociale du filou François Fillon, ou face à Emmanuel Macron l’ancien banquier d’affaires reconverti dans le one-man show creux.

Rien ne justifie cette désunion à gauche. Oui, bien sûr, le quinquennat Hollande a été désastreux. Personne ne l’oubliera jamais, encore moins les écologistes malmenés ces cinq dernières années. Mais le programme de Benoît Hamon marque une révolution inespéré dans la ligne idéologique du Parti socialiste. La victoire d’un programme clairement écolo-socialiste qui se rapproche de la pensée développée par Jean-Luc Mélenchon et le parti de Gauche depuis 2009, sous la houlette de Martine Billard.

Maintenant la question des candidat-e-s PS aux législatives est à mes yeux un faux problème. Certains se retirent d’eux mêmes ou vont se retirer face aux gauches qui s’unissent derrière des candidatures unitaires. Pour celles et ceux qui voudront se présenter, leur message sera inaudible. Censés faire campagne pour le candidat de l’union des gauches, il leur sera impossible de défendre une vision libérale éloignée de nos valeurs. En cas d’alliance large à gauche, les candidat-e-s pro-gouvernement ont toutes les chances d’être battus !

Prenons un exemple, souvent cité, celui de Myriam El Khomri, ministre du travail et auteure d’une des pires lois du quinquennat. Si elle se présente comme prévu dans le 18ème, elle y affrontera probablement Caroline de Haas, militante féministe, entrepreneure et auteur de la pétition aux millions de signatures contre… la loi travail de Myriam El Khomri. La gauche et des collectifs citoyens discutent ce soir de l’opportunité de cette candidature. En cas de duel, je suis convaincu que la population saura faire son choix à gauche.

Ce qui a été au cœur de l’histoire des mouvements socialiste et marxiste, puis de l’écologie politique et des mouvements altermondialistes s’avère aujourd’hui possible. Bouleverser les rapports de production, répartir les richesses et construire un modèle démocratique où chacun-e trouve sa place, en mettant l’environnement naturel et la santé de chacun-e au cœur du projet politique. Nous vivons un tournant de l’histoire. Le temps des rendez-vous manqués a assez duré.

« Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir. »
Jean Jaurès

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