Nouvelle surprise dans la campagne. Sa décision était très attendue. Après la publication de son livre Résolution française et une présence médiatique constante ces dernières semaines, une majorité de commentateurs prédisaient sa candidature à la présidentielle. Prenant tout le monde à contrepied, François Bayrou a annoncé en fin d’après-midi sa proposition d’alliance à Emmanuel Macron pour la présidentielle et en vue d’une majorité parlementaire.

Au siège du Modem, devant une centaine de journalistes français et internationaux, François Bayrou a expliqué avoir « examiné tous les éléments qui permettent de juger de l’état du pays » et devoir tenir compte de la « gravité de la situation » et de la « décomposition politique« . Puis il s’est placé entre une gauche menée par un opposant au bilan du gouvernement socialiste sortant et une droite « immorale et aveuglée« .

Le président du Modem a ensuite expliqué avoir eu des échanges – non-fructueux – avec François Fillon suite à la défaite de son ami et favori Alain Juppé lors de la primaire de la droite et du centre. Bien entendu, un rapprochement avec le candidat Fillon s’avérait impossible suite à l’éclatement public du système d’emplois présumés fictifs – donc potentiellement illégal – mis en place depuis des décennies par l’ancien premier ministre pour ses p(r)oches.

Dans le but de « rendre l’espoir aux français déboussolés« , face à la montée des périls, et de pouvoir « faire de grandes choses ensemble« , François Bayrou tend ainsi la main à Emmanuel Macron. Il fixe quatre conditions à cette alliance : la reconnaissance du centre par le candidat d’En Marche ; la défense d’une approche économique moins libérale ; une loi de moralisation de la vie politique et la mise en place de la proportionnelle.

La définition précise de ces mesures reste floue. Cependant, étant donné leur contenu et la réponse très rapide d’Emmanuel Macron, tout laisse à croire que ce dernier acceptera cette alliance sans problème. La décision politique de François Bayrou ressemble en fait plus à un coup stratégique d’un homme politique en bout de course qu’à une main tendue d’égal à égal.

En effet, le triple candidat à la présidentielle s’est retrouvé dans une impasse politique. Suite à la défaite inattendue d’Alain Juppé, sa stratégie est tombée à l’eau. Il aurait pu annoncer sa candidature, mais son espace politique était très restreint. Crédité de quelques pourcentages dans les sondages, à la tête d’un parti famélique, déboussolé et apparemment sans le sou, il était difficile pour le centriste de jouer un rôle clé dans cette présidentielle inédite par ses incertitudes et nombreux rebondissements.

Le stratège Bayrou, adepte des décisions surprenantes et doté d’un certain courage politique a néanmoins trouvé le moyen de peser dans cette campagne. Il apparaît aujourd’hui comme une sorte de faiseur de rois dans cette course d’obstacles pour accéder à la monarchie présidentielle française.

Enfin, cette décision surprenante a le mérite d’éclaircir les fronts politiques. Quatre blocs vont se faire face : un bloc d’extrême droite autour de Marine Le Pen, au plus haut dans les sondages ; un bloc de droite conservatrice qui s’accroche au bateau Fillon en perdition ; un bloc réunissant les libéraux allant du centre-gauche au centre-droit ; et enfin un bloc de gauche qui tente de se rassembler autour de la 6ème république et de l’écologie politique.

Ces quatre blocs idéologiques peuvent gagner cette présidentielle – probablement la plus importante depuis 20 ans. La question de la majorité parlementaire sera bien évidemment centrale. Sa construction dépendra du résultat de la présidentielle et, bien sûr, de l’unité réelle ou non de ces alliances politiques.

La campagne s’annonce des plus incertaines. Espérons qu’elle puisse enfin commencer, au delà purement des personnes et des petites phrases. Les enjeux auxquels la France est confrontée l’exigent. Nous y reviendrons.

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