Il y a une semaine, la large victoire de Benoît Hamon au 2ème tour de la primaire de la belle alliance populaire (PS et alliés) a potentiellement relancé les chances de la candidature socialiste à la présidentielle. Bien plus que cela, la victoire de sa ligne écolo-sociale, à des années-lumière du quinquennat en cours, relance l’idée d’une alliance de programme à gauche en vue des législatives et d’une éventuelle candidature commune à la présidentielle.

Les socialistes proches de Hamon, les écologistes réunis autour de Yannick Jadot et les communistes, soutiens de Mélenchon pour la présidentielle, semblent privilégier cette option. Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France insoumise, conscient de l’importance du moment politique, ne la rejette pas d’emblée. Cette stratégie politique semble être le seul moyen en vue d’une possible présence de gauche au 2ème tour de la présidentielle. Mais surtout, et c’est le plus important, en vue d’une refonte à gauche au delà des partis politiques.

La victoire surprise de Benoît Hamon à la primaire du parti socialiste sonne comme un rappel de la place, indispensable, des idées en politique. La direction du PS français et son approche gestionnaire, rassemblée derrière Manuel Valls, est tombée de haut. Un parti politique, une candidature ne peuvent pas être simplement organisés en vue de l’accession au pouvoir. On retrouve, sur ce point, les affres des années Mitterrand.

La campagne de Benoît Hamon, éloignée du culte présidentielle et critique du quinquennat libéral de François Hollande, s’est axée sur des thèmes oubliées par les dirigeants socialistes successifs. Débat sur le rapport au travail – autour de l’idée du revenu de base, approche écologiste des problèmes quotidiens, défense résolue des services publics ou appel à en finir avec la monarchie présidentielle.

On a bien vu l’embarras des dirigeants du parti – défendeurs du bilan du quinquennat Hollande – tant la présence de ces thèmes était inimaginable dans la partition solférinienne. Pris de court et dépassés par une mobilisation importante d’une partie de l’électorat de gauche, l’appareil socialiste s’est pris une claque à laquelle ils ne s’attendaient pas.

Cette victoire a ouvert un nouveau champ des possibles. Depuis une semaine, les déclarations et rencontres se suivent et se ressemblent. Comme le dit avec justesse ce matin Yannick Jadot sur Europe 1, « l’étape d’un éventuel rassemblement des candidatures n’est pas secondaire mais est seconde, la priorité c’est de bâtir un projet d’espoir. ». Et c’est bien la force amenée par la qualification de Benoît Hamon : d’abord les idées, le projet commun, avant d’aborder la question des candidats et leurs égos de « chefs » de partis.

Bien entendu, le Parti socialiste n’est pas subitement devenu écologiste. Bien sûr, la vision européenne de Mélenchon n’est pas celle de Jadot. Et, évidemment, les trois candidats n’ont pas la même vision de la politique de défense ou de la politique sociale. D’où la nécessité d’un socle commun, centré sur les mesures nécessaires au bouleversement politique.

Tabler sur un accord autour de mesures fondamentales semble ainsi être la meilleure approche. Trois propositions semblent se dessiner : le passage à la VIe République, fondement même de toute réforme démocratique, avec la mise en place de la proportionnelle à toutes les élections ; la sortie du nucléaire datée et lancée au 1er jour de la victoire, pour une France 100% renouvelable ; une refondation de l’Europe face aux politiques d’austérité, base même de toute alternative politique.

Un accord comprenant ces mesures a des chances de réunir les différents candidats et de mobiliser les militants des mouvements qu’ils représentent. Bien plus, cela pourrait réunir des milliers de militant-e-s et de citoyens engagés derrière ce programme commun. Au delà des appareils politiques dépassés. Concrètement, cela doit se faire le plus vite possible, d’ici la fin du mois pour avoir une chance de réussir.

Bien entendu, une clarification nette de Benoît Hamon s’avère nécessaire. Personne ne peut en effet imaginer un programme de gauche commun réuni derrière, parmi d’autres, des candidats comme Myriam El-Khomri, le ministère de l’intérieur Jean-Jacques Urvoas, Jean-Christophe Cambadélis ou le Vallsiste comme Jean-Marie Le Guen ?

Cela est inconcevable. D’où la nécessité de clarifications de la part de Hamon : choisit-il de réaliser un grand écart au sein du PS en donnant des garanties aux libéraux et en diluant ses propositions ou alors osera-t-il tenter une refonte complète de la gauche française ?

Cependant, il est nécessaire de précéder toute discussion sur les candidat-e-s, à la présidentielle comme aux législatives, par un débat sur les mesures communes. Le cas échéant, il est difficile d’imaginer Myriam El-Khomry faire campagne dans le XVIIIe arrondissement de Paris pour l’abrogation de la loi travail qui porte son nom. Un accord sur les mesures politiques forcera les personnalités à faire leur propre clarification. Celles et ceux qui se sentiront plus proches du libéral Emmanuel Macron – et qui ne l’ont pas déjà rejoint – n’auront alors plus qu’un pas à faire.

La balle est dans le camp de Hamon et Mélenchon en vue des législatives et de la présidentielle. Ce dernier osera-t-il tenter le pari d’un programme de majorité avec Hamon et Jadot ? Ce qu’il a refusé d’entrée en 2012, contrairement aux écologistes. Bien entendu, le quinquennat Hollande a plus que refroidi les partisans de cette option. Cependant, Benoît Hamon s’est imposé par une campagne écolo-socialiste engagée et semble saisir l’enjeu historique qui s’ouvre pour la gauche française. Une alternative démocratique, écologiste et solidaire semble possible.

Quelque soit l’issue de ces discussions, le résultat de la primaire socialiste a signé le retour des idées en politique. Trop longtemps mise de côté par le Parti socialiste, des millions de français retrouvent ce qui a été au cœur de l’histoire des mouvements socialiste et marxiste, puis de l’écologie politique et des mouvements altermondialistes ; la question sociale.

Bouleverser les rapports de production, répartir les richesses et construire un modèle démocratique où chacun-e trouve sa place, en mettant l’environnement naturel et la santé de chacun-e au cœur du projet politique. Cette période de repli identitaire et d’incertitude globale sonne comme un appel à la mobilisation générale, en France comme ailleurs.

Enfin, comme l’écrit Jean Ziegler, l’émergence d’une société civile planétaire ouvre une nouvelle donne dont la force de transformation sociale peut s’avérer hors du commun : « La nouvelle société civile planétaire n’obéit ni à un comité central ni à une ligne de parti. L’impératif catégorique du respect de la dignité humaine de chacun est son unique, mais puissant moteur. »

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